Aller au contenu principal

DiscoursPublié le 3 mars 2026

«Stop inceste»

Fribourg, 27.02.2026 — Discours de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider auprès de l’Association «Stop inceste» le 27 février 2026 à Fribourg. Seules les paroles prononcées font foi.

Il est des sujets de société essentiels que l’on préférait ne pas avoir à aborder. Des sujets qui dérangent, qui nous concernent, qui nous bouleversent, qui blessent profondément. Des sujets qui enferment trop de personnes dans le silence et la honte. Des silences qui invisibilisent trop de parcours de vie. Des sujets que la plupart d’entre nous choisissent de taire. Des sujets qui nécessitent autant du courage – beaucoup de courage – que de hautes précautions intellectuelles.

Ces deux qualités forcent le respect. Je les ai trouvées chez vous, dans votre association «Stop Inceste», lors de notre rencontre de septembre dernier. Votre humanité et votre rigueur, ainsi que la maîtrise avec laquelle vous traitez d’un thème qui nous confronte aux abîmes de l’humanité m’ont impressionnée. Et c’est précisément mon profond respect de votre engagement qui me conduit à être ici aujourd’hui, pour vous exprimer mon soutien plein et entier.

Des chiffres effrayants

La violence sexuelle envers les enfants – a fortiori lorsque celle-ci intervient au sein de la famille – est rarement abordée en tant que telle. Pourtant, les chiffres sont effrayants. L'OMS estime que, dans le monde, une fille sur quatre et un garçon sur huit sont victimes d'abus sexuels. En France, une grande enquête conclut que 160’000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit un enfant abusé toutes les 3 minutes. Et en Suisse? La police enregistre chaque année environ 1000 plaintes pour actes sexuels sur des enfants. Près de 3 par jour!

Il s’agit de la partie émergée de l'iceberg: selon des enquêtes menées directement auprès de mineurs, notamment dans le domaine scolaire, on peut redouter que de trop nombreux enfants ont déjà été victimes de violences sexuelles avec contact physique. Et les conséquences sont durables et profondes: traumatismes, maladies psychiques, ruptures relationnelles, perte de sécurité, à vie. Cette violence détruit l’un des fondements essentiels de la sécurité affective d’un enfant: la confiance. La confiance envers les personnes de référence. La confiance en sa propre perception.

Malheureusement, dans ces situations, le silence est souvent assourdissant – tant du côté des auteurs ou de l’entourage, mais tragiquement aussi pour les victimes. Parfois par loyauté. Parfois par peur de détruire la cellule familiale. Parfois aussi par honte ou par impuissance. L’auteure Cécile Cée, qui est présente aujourd’hui, offre un éclairage courageux et personnel, pudique et édifiant sur les mécanismes entourant ces relations. Je la cite: «L’inceste, ce n’est jamais une histoire entre deux individus. C’est toujours une histoire de famille, de domination, de savoir qui commande et qui regarde ailleurs.»

Une question sociétale et politique

En tant que société, nous avons, depuis beaucoup trop longtemps, regardé ailleurs aussi. Or il ne s’agit pas de s’immiscer dans les espaces privés intimes des familles – quelle que soit leur organisation par ailleurs – mais lorsque les promesses et les secrets ne protègent pas les enfants, les jeunes, les personnes vulnérables, il ne s’agit plus d’une question privée, mais bien d'une question sociétale et donc politique.

En acceptant le postulat du conseiller national et membre du comité de l’association «Stop Inceste» Christophe Clivaz, le Conseil fédéral s’engage à mener une enquête nationale approfondie et à renforcer les mesures contre la violence sexuelle intrafamiliale envers les enfants. C’est une étape importante. Car ces données doivent nous aider à mieux protéger les victimes. Agir de manière efficace signifie aussi travailler en partenariat et en coopération avec les acteurs de la société civile. J’apprécie à sa juste valeur le fait de pouvoir compter sur votre collaboration et vos précieuses contributions.

En Suisse, la sensibilisation et la prise en considération de la problématique des violences sexuelles s'est renforcée ces dernières années, grâce à la ratification et l’entrée en vigueur de la Convention d'Istanbul, grâce à la feuille de route de la Confédération et des cantons sur les violences domestiques et, plus récemment, grâce à la première campagne nationale de prévention contre la violence domestique, sexuelle et de genre, qui a été lancée avec succès en novembre dernier. Pourtant, malgré ces avancées, il subsiste des angles morts, parmi lesquels figure la question des violences sexuelles au sein de la famille. Il est temps de considérer cette réalité également.

Briser le silence

Je schmerzhafter ein Thema ist, desto eher schauen wir weg. Diese traurige – und letztlich feige – Haltung will der Verein «Stop Inzest» durchbrechen. Mit Aufklärung. Mit Information. Und mit klaren politischen Forderungen: Also mit den zwanzig konkreten Massnahmen, die der Verein vorschlägt, um Kinder besser zu schützen, Fachpersonen zu stärken und das Schweigen zu durchbrechen. Ich danke «Stop Inzest» für sein wertvolles Engagement – für die Betroffenen, für die Prävention und für eine Gesellschaft, die hinschaut, statt wegzusehen. Für eine Gesellschaft, die Verantwortung übernimmt für ihre verletzlichsten Mitglieder.

Je souhaite clore mon propos avec les mots d’Anouk Grinberg, tirés de son roman Respect: «Je suis restée longtemps sans rien dire, sans même penser, à souffrir sans comprendre, et me conformer aux instincts de pouvoir de ceux qui ont failli me faire mourir. Je shoote dans les secrets, je shoote dans les mensonges et les hypocrisies. J’explose le tombeau où j’étais endormie.»