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Recherche reconnue internationalement concernant le Covid 19 dans l’Armée suisse

Pendant la première vague de Covid 19, en mars 2020, l’un des premiers foyers épidémiques de Suisse s’est déclaré dans l’école de recrues sanitaire 42 sur la place d’armes d’Airolo. Le médecin en chef de l’armée a chargé deux médecins militaires de réaliser une étude médicale d’observation concernant ce foyer. Lors des semaines à venir, une nouvelle étude sera menée : y a-t-il des séquelles à long terme ?

15.04.2021 | Communication Défense, Daniel Reist

Image symbole. ©VBS/DDPS, Alexander Kühni

Le médecin en chef de l’armée a visité l’école de recrues à Airolo quelques jours avant le début de l’épidémie de Covid‑19 au printemps 2020. Outre l’ordre de faire respecter des mesures de quarantaine, d’isolement et de distanciation sociale strictes, ainsi que de réaliser des campagnes de tests rigoureuses, il a chargé deux médecins militaires, le capitaine Jeremy Deuel et le lieutenant Michel Bielecki, de mener une étude médicale d’observation au sujet de ce premier foyer.

En moins de 48 heures, le capitaine Deuel et le lieutenant Bielecki ont élaboré un protocole d’étude, obtenu l’autorisation de la commission d’éthique du Tessin pour réaliser l’étude et établi une importante collaboration avec le Laboratoire de Spiez. Ils ont traité, en étroite collaboration avec le personnel professionnel concerné, les cadres de milice et les recrues de l’école de recrues sanitaire 42, plus de 100 soldats atteints par le Covid-19. Heureusement, la plupart des cas étaient relativement bénins.

Des mesures qui se sont montrées efficaces

L’une des trois compagnies de l’école de recrues n’a eu aucun malade à déplorer. Cette unité était séparée physiquement des autres. Cependant, lorsque le capitaine Deuel et le lieutenant Bielecki ont effectué des prélèvements répétés, ils ont aussi constaté des cas d’infection dans cette unité, mais uniquement chez des porteurs asymptomatiques. Ils ont pu reconstituer le déroulement et établir que les membres de cette compagnie n’ont été infectés qu’après l’instauration de la distanciation sociale, des mesures d’hygiène renforcées et du port du masque, tandis que les deux autres compagnies ont été contaminées très tôt, avant l’introduction de ces mesures.

Ayant constaté que la distanciation sociale, les mesures d’hygiène et le port du masque réduisent non seulement le risque d’être infecté, mais aussi le nombre de virus transmis en cas de contamination, les médecins militaires suisses ont été parmi les premiers au monde à montrer qu’une charge virale plus importante entraîne une maladie plus aiguë, tandis qu’une charge virale faible se traduit par des infections asymptomatiques sans déclenchement de la maladie chez les recrues. Cet enseignement a depuis été validé dans de nombreuses études et s’est imposé comme consensus au sein de la communauté scientifique.

Des lésions pulmonaires possibles

Cette étude, à laquelle l’officier spécialiste Giovanni Crameri s’est associé ensuite, a en outre révélé que des lésions pulmonaires étaient possibles et que celles-ci pouvaient perdurer un mois après le déclenchement de la maladie. Suite à cette découverte, le médecin en chef de l’armée a commandé une étude de suivi visant à déterminer les causes et la durée de ces potentielles lésions pulmonaires.

Les médecins militaires ont aussi démontré que les campagnes de screening basées sur la température corporelle étaient inadaptées pour identifier les personnes infectées. Ils ont également montré, en collaboration avec le Laboratoire de Spiez, que les anticorps antiviraux n’étaient pas plus nombreux après un cas de Covid‑19 léger qu’après une infection asymptomatique.

La charge virale, un facteur décisif

Les résultats de cette étude médicale réalisée par l’Armée suisse ont démontré pour la première fois que la charge virale lors de la contamination est un facteur influençant de manière importante l’évolution de la maladie. Lorsque le malade présente des symptômes, il en résulte des lésions pulmonaires un mois après la maladie dans quelque 20 % des cas, ce qui n’a pas été observé chez les cas asymptomatiques.

Malgré cela, la protection par les anticorps antiviraux est au même niveau pour les cas asymptomatiques que pour les malades présentant des symptômes. La distanciation sociale, le lavage hygiénique des mains et le port du masque sont très efficaces pour prévenir une contamination. Si une personne est tout de même infectée, ces mesures se traduisent par un déroulement asymptomatique de la maladie. C’est pourquoi ces trois dispositifs de protection font partie des mesures standard de l’armée pour se protéger contre le Covid‑19 et continueront d’être appliqués rigoureusement.

Une nouvelle étude sur les séquelles à long terme

On ne connaît pas encore toutes les séquelles à long terme du Covid‑19. Aussi, une nouvelle étude scientifique doit-elle être réalisée. En plus du suivi du groupe d’Airolo, d’autres militaires testés en 2020 seront intégrés à cette enquête. Avec leur consentement, quelque 500 militaires seront prochainement invités à convenir d’un rendez-vous à l’Université de Zurich pour des examens approfondis.

Le but de ces examens est de déterminer si les personnes qui ont été testées positives en 2020 dans le cadre de leur service militaire présentent des séquelles à long terme de la maladie. Il convient de continuer à suivre les militaires testés positifs pour pouvoir éventuellement prendre des mesures adéquates. Les résultats de ces examens permettront de définir la suite de la procédure pour les autres militaires concernés.

Cette recherche contribuera à établir les potentielles séquelles à long terme chez les personnes infectées par le coronavirus. Les résultats sont donc importants aussi bien pour la disponibilité de l’armée que pour l’ensemble de la population.