print preview Retour Page d'accueil

Réseau de conduite suisse : il vaut mieux prévenir que guérir

Dans un bâtiment discret situé sur l’aire de la caserne de Dübendorf se trouve un véritable paradis pour tous les amoureux de technique : l’environnement de test, d’intégration et de formation du Réseau de conduite suisse, un système de communication pour la transmission de données. S’étendant sur tout le territoire et reliant plusieurs centaines de sites, ce dernier y est reproduit en version miniature. Pour que le réseau de l’armée fonctionne en cas de crise, les modifications mineures ainsi que les nouveaux composants à intégrer doivent d’abord être testés dans les moindres détails dans l’environnement modélisé.

03.01.2020 | Responsable Communication Base d’aide au commandement, Anna Muser

6979_012
En sous-sol, plusieurs milliers de kilomètres de câbles à fibre optique enroulés sur des bobines : ici, au centre de test, les signaux doivent parcourir les mêmes distances que dans le système réel.

C’est un peu comme en médecine : aucun docteur ne prescrirait à un patient un médicament qui n’a encore jamais été dûment testé, notamment sur des animaux de laboratoire tels que les singes ou les souris. Les effets secondaires engendrés sur l’homme seraient trop nombreux, et il s’avérerait quasiment impossible de discriminer les effets durables de la substance. D’ailleurs, dans le pire des cas, l’état du patient s’aggraverait.

Un cobaye électronique

Le principe est le même en ce qui concerne le Réseau de conduite suisse. En effet, pour assurer la stabilité de ce système complexe, long de 3000 km et reliant environ 300 sites, les modifications ainsi que les nouveaux composants doivent être testés dans les moindres détails avant leur utilisation. Pour cause, à l’image des effets secondaires en médecine, des malwares peuvent être introduits dans le réseau par les composants provenant d’un fournisseur externe. L’ajout d’un nouvel élément dans ce système est également susceptible de faire s’effondrer d’autres systèmes qui fonctionnaient parfaitement jusqu’alors.

Un système de contrôle avant l’intégration

Ainsi, les systèmes et produits destinés à faire partie du réseau réel doivent passer par une série de tests effectués sur le système de référence. Prenons un exemple : une entreprise externe a été mandatée pour fournir un logiciel de surveillance réseau, servant à recueillir des informations sur l’état de tous les appareils du Réseau de conduite suisse et à rapporter les éventuels dysfonctionnements. Or, si celui-ci était connecté directement au système réel, il pourrait ne pas fonctionner correctement avec les autres systèmes déjà intégrés et déclencher ainsi une série d’erreurs. Une panne sur le Réseau de conduite suisse serait dramatique et doit à tout prix être évitée. Pour ce faire, le fournisseur doit prouver que son outil est compatible avec les systèmes déjà présents et qu’il répond aux exigences, par le biais de tests effectués sur le système de référence. Gérés par la Base d’aide au commandement (BAC), les tests contribuent à la fiabilité et à la haute sécurité des systèmes informatiques de l’armée.

Un arsenal d’outils pour une grande efficacité

Situé à Dübendorf, dans un bâtiment passant inaperçu, le système de référence pour le Réseau de conduite suisse fait partie du secteur d’activité de la brigade d’aide au commandement 41/SIS (systèmes, instruction des cadres et support). À première vue, il ne s’agit que d’armoires où s’alignent des routeurs, notamment, reliés entre eux par des câbles. La connexion au Réseau de conduite suisse étant également assurée en montagne grâce aux ondes dirigées, de grandes antennes de forme concave, perchées sur de larges poteaux entre les armoires, servent à simuler cette partie du système réel. Lors de la simulation, elles transmettent des informations à des récepteurs mobiles situés à l’extérieur. Il peut s’agir par exemple d’une installation temporaire de la troupe sur le terrain.

Éléments individuels datant des années 1950, produits à la pointe de la technologie et même systèmes fixes avant-gardistes : toutes les technologies utilisées par la BAC sont représentées sur place. « L’installation vise à refléter la réalité. Certains collaborateurs de la BAC l’appellent même “la BAC miniature” », explique Tobias Kirchhofer, responsable de l’environnement de test, d’intégration et de formation de Dübendorf. Avec son équipe, il forme également toutes les personnes qui gèrent le système réel.

Un centre de test, mais pas seulement…

Les rangées de bancs ne passent pas non plus inaperçues, au centre de test. En effet, tous les éléments qui seront intégrés au système réel devront pouvoir être administrés. C’est là qu’interviennent les professionnels de la BAC ainsi que les miliciens du bataillon d’ondes dirigées 4 de la brigade d’aide au commandement 41/SIS : chargés d’assurer une gestion du réseau à toute épreuve, les collaborateurs de la BAC gèrent les systèmes au quotidien, en situation ordinaire, et en cas de crise, ils sont disponibles sur place, avec le soutien de la milice, afin d’établir les connexions et de les exploiter. Ainsi, le site de Dübendorf permet également de les former à cette mission. Ils apprennent par exemple à mesurer les conséquences d’un câble mal branché ou à reconnaître une interruption du flux de données dans le centre de calcul, des cas potentiellement dangereux, selon Stefan Sturzenegger, responsable de la gestion opérationnelle du Réseau de conduite suisse : « L’environnement de test et de formation de Dübendorf est synonyme pour nous de sécurité. Grâce à lui, notre personnel saura comment réagir en cas de crise ».

Un système utilisé par l’armée entière

L’environnement de test du Réseau de conduite suisse remplit ainsi deux fonctions principales : la formation du personnel et l’évaluation de nouveaux éléments à intégrer. « Avec ces deux possibilités d’exploitation, on peut tirer pleinement profit de ce site, et ce de manière rentable », selon Bernhard Läser de la BAC, qui travaillait déjà au centre de test lorsque l’idée d’augmenter son intensité d’exploitation a été évoquée pour la première fois. Les Forces aériennes se trouvent aussi sur place et profitent de la collaboration au centre de test. De fait, d’ici cinq ans, tous ses systèmes vocaux seront remplacés. Par conséquent, les radiocommunications aériennes, la téléphonie destinée à assurer la sécurité aérienne ainsi que les sous-systèmes seront testés à Dübendorf. Travaillant au sein des Forces aériennes en tant qu’ingénieur sur les systèmes de communication, Martin Koller souligne que le fait de pouvoir tester ces systèmes importants avant leur application n’a pas de prix. En effet, dans des situations extrêmes, le fonctionnement de certains systèmes relève d’une question de vie ou de mort. Par exemple, il n’est pas rare que la police aérienne doive voler le plus près possible d’autres avions, pour établir un contact visuel avec leur pilote. Or, la distance séparant alors les appareils, dont la vitesse peut atteindre 900 km/h, peut être parfois de 20 mètres seulement. Grâce aux systèmes de communication, les pilotes maintiennent le contact avec le personnel au sol et savent en tout temps ce qui se passe autour d’eux. Sachant que ces systèmes ont été éprouvés, bon nombre de pilotes ont déjà pu garder la tête froide.

Qu’est-ce que le Réseau de conduite suisse ?

La communication au sein de l’armée et avec les autorités politiques doit fonctionner en tout temps. Autrement dit, l’échange de données et d’informations doit être assuré même en cas de coupure d’électricité de longue durée ou de dommages causés aux infrastructures par un tremblement de terre, par exemple. En effet, le maintien constant, et dans l’ampleur nécessaire, des services informatiques est indispensable à la sécurité et à la stabilité du pays. C’est à cet usage qu’a été créé le Réseau de conduite suisse. En matière d’approvisionnement en énergie et de transmission de données, ce système est autonome des fournisseurs civils. Par ailleurs, il fonctionne grâce à la fibre optique ainsi qu’aux ondes dirigées. Les premiers systèmes autonomes ont été mis en œuvre dans les années 1950. La BAC est responsable d’étendre et de développer en continu le réseau. Ses éléments techniques sont très variés. Grâce à la connexion des nouveaux centres de calcul hautement sécurisés de l’Armée suisse au réseau de conduite national, ce dernier gagne encore en importance. Il est utilisé au quotidien pour la communication au sein de l’armée.

Photos