17 mois d’observation militaire au Cachemire
Debriefing avec le capitaine Julien Both, observateur militaire au sein du Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies dans l’Inde et le Pakistan (UNMOGIP)
Vous avez mené une opération de maintien de la paix en tant qu’observateur militaire dans l’UNMOGIP au Cachemire. Quelles étaient les tâches de votre domaine de responsabilité?
Les observateurs sont répartis dans plusieurs stations dans le Cachemire le long de la LOC (Line of Control) afin d’observer et rapporter toutes violations du cessez-le-feu au quartier général, selon la résolution 307 du Conseil de sécurité des Nations Unies. En tant qu’observateur, j’ai plusieurs tâches opérationnelles et administratives dont je suis responsable. Depuis les stations, je me déplace sur le terrain en direction de la LOC et observe depuis des postes d’observation le long de cette ligne. Une autre tâche qui m’incombe est d’effectuer des visites planifiées auprès d’unités militaires afin d’avoir une appréciation de la situation. Le pays hôte étant responsable pour la sécurité des observateurs de l’ONU, les contacts avec les troupes au sol sont importants afin d’avoir une meilleure prise en charge en cas d’incident impliquant des observateurs dans cette région. J’effectue également des patrouilles de reconnaissance dans un secteur défini proche de la LOC en allant au contact de la population civile afin d’avoir une autre approche (pas uniquement des troupes militaires) sur d’éventuels incidents qui ont pu avoir lieu dans la zone et ceci aussi afin d’évaluer la situation sécuritaire.
Quels étaient les défis?
Il y a des nombreux défis qui se présentent durant la période d’engagement. J’ai un exemple en particulier dont je me souviens bien : lorsqu’un observateur est plus expérimenté, ceci après plus de trois mois dans la mission, et qu’il a suivi le cours d’OIC (Officer in Charge = chef de station) au quartier général à Islamabad, il retourne sur le terrain en étant responsable de la sûreté, de la sécurité et du bien-être de chaque membre de la station. Maintenir les véhicules de l’ONU et l’infrastructure en bon état fait aussi partie des responsabilités de l’OIC. Lorsque j’ai été désigné comme nouveau responsable d’une station où je n’avais encore jamais servi, durant la phase de reprise-remise avec mon collègue sortant, pour des raisons encore indéterminées à ce jour, cet observateur n’a jamais voulu transmettre la documentation et les informations relatives à la station dans les temps et ne voulait tout simplement pas communiquer verbalement avec moi, ce qui a créé passablement de problèmes. Ceci a été un défi majeur pour reprendre les rênes de cette station qui avait malheureusement était laissée en mauvais état. Certaines stations sont très anciennes et ont besoin d’un entretien de manière quotidienne : remplir les réservoirs d’eau, réparer les fuites d’eau du toit, changer des chasses d’eau, réparer des conduites d’eau, changer des relais dans le tableau électrique, changer des prises électriques, réparer le chauffeeau, changer des filtres à eau, s’assurer que les dernières factures de téléphone portable, d’électricité et d’internet ont été payées. Il arrive que la connexion internet soit coupée plusieurs jours et cela peut également être un défi pour certains observateurs qui désirent maintenir le contact avec leurs proches.
Quelle a été votre première impression lorsque vous êtes arrivé dans la zone de la mission?
Pour moi il s’agit de ma troisième mission de maintien de la paix après le Mali et la Syrie. Au début, il faut s’adapter au nouveau climat et à une nou¬velle culture. Ayant déjà été habitué à travailler dans des pays à majorité musulmane, il m’a été facile de m’adapter aux us et coutumes de la popu¬lation locale.
Où voyez-vous les plus grandes différences avec la Suisse?
Comparé à la Suisse, le plus frappant est la pollution du terrain et des eaux par les détritus qui s’entassent en ville, dans les villages comme dans la nature. Les températures sont également très élevées en été dans cette région. J’ai eu l’expérience de travailler dans une station avec une température journalière constante de 46° à 48° C avec une humidité moyenne à l’extérieur durant plusieurs semaines lors de la vague de chaleur qui a frappé le Pakistan et l’Inde en mai et juin 2022. Ces deux pays ont un climat favorable à la pousse de tout type de fruits et légumes, ce qui n’est pas le cas en Suisse.
Quelles expériences retenez-vous de votre mission?
Ce que je retiens de cette mission, c’est l’importance du contact humain ainsi que l’entente. Les tâches se réalisent d’une meilleure manière lorsque nous travaillons dans une équipe qui se soutient et s’entraide afin d’atteindre les objectifs.
Que comptez-vous faire ensuite?
Je vais rentrer en Suisse et m’y installer pour une plus longue période, afin de profiter de passer du temps avec ma compagne, mes proches et mes amis. Je garde un très bon souvenir de cette mission dans le Cachemire, où j’ai eu l’occasion de découvrir de beaux paysages ainsi qu’une population accueillante et enrichissante malgré son mode de vie précaire.

