La SWISSCOY contribue à la sécurité en Europe
La promotion militaire de la paix constitue un instrument important de la politique de sécurité suisse et contribue à la préservation de nos intérêts nationaux. Le plus grand engagement de l’Armée suisse est le contingent de la SWISSCOY au sein de la KFOR au Kosovo. La stabilité dans les Balkans occidentaux revêt une importance centrale pour la sécurité de l’Europe et a donc également une incidence sur la situation sécuritaire de la Suisse. Compte tenu de ce contexte, le maintien de l’engagement de la SWISSCOY est important pour la politique de sécurité et pertinent à long terme.

Texte Secrétaire d’État Markus Mäder, chef du Secrétariat d’État à la politique de sécurité SEPOS, Berne
Photos SWISSINT
Le service de promotion militaire de la paix constitue l’une des trois missions de l’Armée suisse prévues par la Loi sur l’armée. La Suisse s’engage dans ce domaine parce que c’est dans son intérêt de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité dans son environnement stratégique. Par ailleurs, les tensions en matière de politique de sécurité ainsi que le renforcement de la politique de puissance fondée sur les intérêts exercent une influence notable sur notre sécurité et notre prospérité. En effet, les conflits se déroulant dans les pays voisins et lointains ne causent pas seulement des souffrances humaines, mais ils nuisent aussi au commerce, créent un terrain fertile au terrorisme et contraignent des populations à migrer. La promotion militaire de la paix constitue un moyen utilisé par la politique de sécurité suisse pour lutter contre de tels développements dans le cadre de ses obligations de neutralité. Les contributions de la Suisse permettent en outre d’approfondir les partenariats et de consolider la confiance mutuelle. De plus, la Suisse peut ainsi renforcer son interopérabilité et acquérir une précieuse expérience opérationnelle, ce qui renforce sa capacité de défense.
Conditions requises pour la promotion militaire de la paix
Pour que la Suisse puisse participer à une mission de paix, certaines conditions doivent être remplies. Premièrement, notre contribution doit répondre à une demande internationale. Deuxièmement, l’engagement doit être pertinent pour la sécurité de la Suisse. Troisièmement, il doit être compatible avec les objectifs de la politique étrangère et la politique de sécurité et, quatrièmement, il doit être réalisable sur les plans militaire et juridique. Un exemple est le contingent SWISSCOY dans le cadre de la mission de la Force internationale de sécurité au Kosovo (KFOR) dirigée par l’OTAN. Cette mission répond à un besoin explicite de la communauté internationale et, grâce à son effet stabilisateur dans les Balkans occidentaux, elle est à la fois pertinente pour la sécurité de la Suisse et conforme à ses intérêts en matière de politique étrangère et de sécurité. La faisabilité juridique est garantie par le mandat de l’ONU, tout comme la faisabilité militaire en Suisse, d’autant plus que la milice est en mesure de mobiliser les capacités nécessaires dans les délais souhaités.
Le contingent suisse au Kosovo
Compte tenu de ces conditions, l’Armée suisse participe actuellement à 16 missions sur quatre continents avec environ 300 femmes et hommes. La contribution suisse à la promotion militaire de la paix la plus importante et la plus visible est le contingent SWISSCOY au Kosovo depuis 1999. Au cours des 26 dernières années, l’engagement suisse s’est constamment adapté aux circonstances sur le terrain et aux besoins opérationnels de la KFOR. Depuis 2002, par exemple, le contingent SWISSCOY est armé pour assurer sa propre protection. Alors qu’initialement, il fournissait principalement des services logistiques à d’autres nations contribuant des troupes, la proportion d’éléments directement affectés à la KFOR à des fins opérationnelles n’a cessé d’augmenter pour atteindre aujourd’hui plus de 80 pour cent. À diverses reprises, la taille du contingent a également été adaptée aux circonstances et aux besoins.
Les Balkans occidentaux dans l’intérêt de la sécurité de l’Europe
La situation dans les Balkans occidentaux demeure toutefois fragile. Des incidents récurrents, l’absence de progrès dans la normalisation des relations politiques entre Belgrade et Pristina, et l’influence déstabilisante croissante d’acteurs extérieurs caractérisent la situation sur place. La Russie met à profit ses liens historiques, religieux et médiatiques pour asseoir son influence et diffuser un discours critique à l’égard de l’UE et de l’OTAN. Simultanément, la Chine, la Turquie et les États du Golfe s’engagent économiquement, politiquement et culturellement dans la région afin de promouvoir leurs intérêts. C’est donc également compte tenu de ce contexte que les Balkans occidentaux restent importants pour l’Europe et l’OTAN sur le plan stratégique. La KFOR est actuellement le facteur de stabilité le plus important au Kosovo et dans la région. Personne ne peut se permettre un nouveau conflit armé en Europe.
La stabilité de cette région est dans l’intérêt de la sécurité de l’Europe, et donc aussi de la Suisse. Pour la Suisse, il s’ajoute à cela le fait qu’une importante diaspora originaire des pays des Balkans occidentaux vit dans notre pays. La sécurité dans cette région se répercute donc également sur la sécurité intérieure et la cohésion sociale en Suisse. De plus, la participation de la Suisse à la KFOR est l’élément le plus important de notre coopération avec l’OTAN. Elle ouvre à notre pays l’accès à des plateformes d’information et de discussion, à des cours de formation et à des exercices ; de plus, l’armée acquiert de l’expérience opérationnelle et renforce son interopérabilité ainsi que sa capacité de défense.
Enfin, grâce à son engagement au Kosovo, la Suisse peut renforcer ses partenariats avec d’autres pays. De nombreux partenaires concentrent leurs efforts sur la défense collective de l’OTAN ou le soutien à l’Ukraine et se voient contraints de revoir leur participation à la KFOR. Avec la SWISSCOY, la Suisse affiche son soutien et contribue à la sécurité en Europe. Cette contribution est remarquée par ses partenaires, qui ne manquent pas de souligner régulièrement combien ils l’apprécient. L’engagement au Kosovo illustre ainsi de manière exemplaire comment la promotion militaire de la paix, les intérêts en matière de politique de sécurité ainsi que la responsabilité et la coopération internationales se rejoignent.
La promotion militaire de la paix demain
Le Conseil fédéral souhaite encore intensifier la coopération internationale. La promotion militaire de la paix en fait partie et, en même temps, elle est essentielle à l’interopérabilité, une condition préalable à une coopération plus approfondie dans un environnement sécuritaire qui se détériore rapidement. Parallèlement, l’Armée suisse continuera à fournir des compétences spécifiques très demandées, telles que le déminage humanitaire ou des capacités de transport aérien. Dans la Stratégie en matière de politique de sécurité 2026, le Conseil fédéral a réaffirmé cette intention.
Ces dernières années, la promotion militaire de la paix est devenue plus exigeante dans toutes les régions d’intervention. De plus, les tensions internationales rendent difficile la conclusion d’un consensus au sein du Conseil de sécurité de l’ONU sur les questions relatives aux missions de paix. Le renouvellement des mandats en cours, qui allait de soi jusqu’à présent, est souvent incertain en raison des coupes budgétaires effectuées par l’ONU et du désengagement croissant de quelques États de la voie multilatérale. Toutefois, à un moment où la situation sécuritaire se détériore, où de nouveaux conflits émergent et où les clivages existants s’élargissent, une chose reste certaine: la promotion militaire de la paix est plus difficile, mais elle est aussi plus nécessaire que jamais.




