Bien préparé – même pour l’imprévu
Le lieutenant-colonel Martin a participé à une mission de promotion de la paix au Sahara occidental dans le cadre de la MINURSO, d'abord en tant qu'observateur militaire puis en tant que chef adjoint de la logistique. Dans une interview, il parle de ses tâches et des défis qui y sont liés.

Texte Sandra Stewart, Communication SWISSINT, mené l'interview
Photos lieutenant-colonel Martin
Vous avez d’abord été observateur militaire, puis chef adjoint de l’état-major logistique au profit de la MINURSO au Sahara occidental. Qu’est-ce qui vous a incité à changer de fonction ?
Après avoir passé mes trois premiers mois en tant qu’observateur militaire classique à Mahbas, l’une des neuf bases militaires de la MINURSO, j’ai eu la possibilité de poursuivre les neuf mois restants de ma mission au quartier général de Laâyoune. Le fait qu’on m’ait proposé cette opportunité a représenté pour moi une grande réussite personnelle, car faire partie de la haute direction et de l’état-major d’une mission de l’ONU constitue un véritable défi. Par ailleurs, l’idée de renforcer la présence de la Suisse au sein d’un grand état-major multinational en tant que membre de l’Armée suisse a également joué un rôle important. En effet, notre pays est généralement sous-représenté sur le plan nominal.
Quelles conditions deviez-vous remplir ?
Pour pouvoir participer à une mission en tant qu’observateur militaire, il faut être officier et avoir suivi avec succès le cours d’observateur militaire. La possibilité d’un changement d’état-major au sein de la mission dépend ensuite de la clé de répartition fixée par les nations ainsi que des performances personnelles. Afin qu’aucune nation ne soit surreprésentée au sein de l’état-major, par exemple, 25 % au maximum des observateurs militaires d’un pays présents dans la mission sont autorisés à occuper des postes au quartier général. Au moment où j’ai commencé ma mission, la Suisse n’était pas représentée au sein de l’état-major, ce qui m’a permis de franchir cet obstacle sans problème. En tant que lieutenant-colonel, je remplis également la condition du grade militaire requis pour la fonction de chef d’état-major adjoint chargé de la logistique. Et comme je peux me prévaloir de nombreuses années d’expérience dans diverses missions de promotion de la paix et que je dispose en outre de la formation ainsi que de l’expertise technique requises dans le domaine logistique, j’étais finalement au bon endroit au bon moment pour occuper ce poste.
Quelles étaient vos attributions ?
Au sein de la MINURSO, tous les services logistiques sont assurés par la composante civile de la mission, appelée « Mission Support ». La tâche principale du domaine de conduite Logistique (DBC I4) consiste donc à assurer la coordination avec le Centre de soutien de la mission. J’étais chargé de recenser tous les besoins logistiques des avant-postes, tant à l’est qu’à l’ouest du Berm, ce grand mur de sable artificiel fortement miné qui marque la ligne de démarcation spatiale et militaire entre les parties au conflit. Dans un deuxième temps, il fallait évaluer, trier et hiérarchiser les besoins logistiques avant de les transmettre au Centre de soutien de la mission. J’étais également chargé d’accompagner et d’assurer le suivi de la mise en oeuvre civile des prestations logistiques. Comme ma fonction comprenait également la gestion du personnel et la direction technique du DBC I4 ainsi que la direction technique de la logistique militaire au niveau tactique sur les neuf sites extérieurs ou « teamsites », mon travail quotidien était très varié.
Quels étaient les défis à relever ?
Tant les mentalités que le climat et l’organisation. Je veux dire par là que, d’une part, il est extrêmement passionnant et enrichissant de travailler et de vivre avec autant d’individus issus de cultures aussi différentes les unes des autres – c’est d’ailleurs ce qui fait, encore et toujours, l’attrait d’un engagement à l’étranger. D’autre part, il est décevant de constater, au fil de la courbe d’apprentissage, que même avec l’expérience, on ne devient pas toujours plus sage. Sur le plan climatique, le désert est bien sûr très éprouvant, tant physiquement que psychiquement. Les conditions de vie sont parfois extrêmes : des variations de température de plus de 30 degrés en une journée, un vent constant et une sécheresse permanente. Pour nous Suisses, ce sont là des conditions inhabituelles. Imaginez par exemple faire de la course à pied par une température de 43 degrés Celsius ! Enfin, l’ONU demeure une organisation lourde quant à ses structures et son fonctionnement, ce qui exige une importante capacité d’adaptation ainsi que de la flexibilité.
Une expérience vous a-t-elle particulièrement marqué ?
En fait, je ne citerai pas une expérience particulière, mais le désert va me manquer en tant que milieu de vie magnifique au-delà des mots : la chaleur du jour, qui peut sembler brutale pour nous, les humains, mais aussi le silence et le calme incroyablement paisibles, ainsi que les ambiances inoubliables de la lumière et de l’air aux transitions du jour et de la nuit.
Quelles expériences ramenez-vous au pays suite à votre mission ?
Les propos qui vont suivre ont déjà été rapportés à maintes reprises par d’autres peacekeepers: il est étonnant de constater à quel point le sac à dos militaire suisse, rempli à ras bord de connaissances, de compétences, de formation et de bon sens, peut nous permettre de faire face avec succès à des situations et des conditions de vie nouvelles et imprévues (et ceci pas seulement sur le plan militaire !).

